24 décembre 2011

Poésie

Sans gloire, sans exploits, sans nom, sans croix, sans fard,

Je suis ce héros-là qui pour tout étendard

Aux yeux a une larme et au front une ride.

Celle-ci se fatigue et l'autre voit le vide.

Je suis ce pauvre-là, riche d'une beauté

Qu'il s'arrête à chercher et qu'il vient d'effleurer.

Je cherche celle-là, et misérable, et drôle,

Je la sais tout partout mais toujours je la frôle.

Elle habite par là, où s’amusent les mots

A rimer deux par deux pour jouer à l’écho.

Elle fait doux baisers les grands vents de nos plaines,

Habille le printemps, chante avec les fontaines.

Jamais on ne l'a vue, elle est d'une splendeur,

Dans son brasier sans flamme il règne une douceur!

A notre insu souvent elle lisse la vie,

Un jour elle m'a dit s'appeler "Poésie".

 

 

Si loin me sembles-tu, et tout autant si près.

Serais-je seulement si toi-même n’étais ?

Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Où vas-tu, poésie ?

Et pourquoi donc es-tu si belle, poésie ?

 

 

Je suis de nulle part et je suis de partout,

Je suis bien moins que rien et pourtant je suis tout.
Je ne vais ni ne viens, je suis plus que mystère,

Ne serais-je secret je ne pourrais t’attraire.

Je suis le vrai sans fond de l’au-delà des yeux,

Cet infime infini qui déborde des cieux.

J’entre sans cesse en toi par l’air que tu inspires,

Je suis l’essence pure après quoi tu soupires.
Sur ton miroir piqué je me reflète un peu,

Je suis l’or de l’esprit, du cœur le subtil jeu.

Sur ton désespoir creux se gavant de souffrance,

Je lance des éclairs effaçant l’ignorance.

Je te dis : « Tout est moi. » Je te dis « Je suis toi. »

Mais ton ego te cache et point tu ne me crois.

Tu cours tous les désirs, tu cours tous les mirages,

C’est égal, j’attendrai que tu deviennes sage…

 

Pourrai-je jamais être un peu ce que tu es ?

Parviendrai-je jamais au pied de ton parfait ?

Je voudrais te savoir toujours plus, poésie.

Oui, dis-moi toujours plus qui tu es, poésie.

 

 Je suis le jour sans nuit, je suis la mort qui vit,

Le silence qui parle et l’arbre qui sourit.

Je suis l’ombre qui luit, je suis l’espace en cage,

Je suis l’être sans corps, je suis le temps sans âge.

Je suis la foi qui sait, je suis le vide plein :

L’impossible avec moi sans grand-peine s’atteint.

Je suis l’oiseau qui nage et la fleur qui palpite,

Le rêve sans sommeil et le bord sans limite.

Je suis toutes les voix du chœur universel

Interprétant sans fin les accords du réel,

Et ses mille couleurs, ses mille fantaisies

Multipliant l’unique absolue harmonie.

Oh toi qui te crois toi, laisse-toi être moi.

A m’être enfin soumis, deviens enfin ton roi.

Ris vraiment quand tu ris, ris encor quand tu pleures,

Qu’au fil de ma beauté disparaissent tes leurres…

 

 Sans gloire, sans exploits, sans nom, sans croix, sans fard,

Je suis ce héros-là lalalalalala…

A notre insu souvent elle lisse la vie,

Un jour elle m'a dit s'appeler "Poésie".

Posté par Zailm Numinos à 17:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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